Affichage des articles dont le libellé est SNPE. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est SNPE. Afficher tous les articles

jeudi 9 juillet 2015

AZF : Les datations téléphoniques contredisent les experts judiciaires


Après examen exhaustif et détaillé des pièces du dossier judiciaires relatives aux datations téléphoniques, il apparaît clairement que l’heure de l’explosion d’AZF a eu lieu après 10h18’04 et non à 10h17’55 comme cela a été annoncé dès le début par les experts judiciaires !
Les factures détaillées de France-Télécom ont l’immense mérite d’être fiables à la seconde près en heure absolue. Raccrochés, décrochés et durées de communication sont donc détectés et archivés à la seconde près. Cette précision temporelle importante est confirmée dans la lettre du fournisseur en téléphonie de Grande Paroisse, NextiraOne, pièce D6279 Annexe 47.
L’ensemble des datations de communication issues de l’usine AZF-Toulouse au moment de la catastrophe (10 cas au total), ainsi que le seul cas de datation téléphonique communiqué à la justice par un témoin extérieur à AZF, permettent de prouver, en les confrontant aux déclarations des témoins concernés par ces appels, que l’heure de l’explosion d’AZF-Toulouse est nécessairement après 10h18’04 et non à l’heure de 10h17’55.455 comme annoncée par les experts judiciaires depuis 2005.
Le PABX de l'usine AZF s'est arrêté de fonctionner après 10h18'09 alors qu'il a été retrouvé arraché dans son local qui était très proche du cratère (moins de 250 mètres). Les dernières communications du personnel sont également stoppées à 10h18'09.
Aucune datation téléphonique n’a pu être compatible avec la datation de l’explosion d’AZF des experts !
De plus, plusieurs demandes d’investigations effectuées avant la clôture de l’enquête, à la fois sur ces datations et sur l’autocommutateur téléphonique d’AZF sont restées sans réponse jusqu’à aujourd’hui… !

Ces états de faits sont surprenants et graves et remettent bien sûr en cause la date exacte de l'explosion du tas d'ammonitrate du hangar 221 d'AZF. Ils confirment l'apparition du premier bruit d'explosion quelques secondes avant 10h18 et celui d'AZF après 10h18'04. Ils sont donc en accord avec le fait que le premier séisme de magnitude 3.4 ne peut être associé avec l'explosion d'AZF et qu'il concerne donc un autre événement d'origine souterraine.

Il apparaît évident qu’une réouverture et un très gros complément d’enquête sont nécessaires pour analyser et comprendre tous les faits constatés par cette piste téléphonique.


I - Les documents du dossier judiciaire


Voici l’ensemble des documents avec datations téléphoniques que contient le dossier judiciaire AZF-Toulouse au moment des événements de la catastrophe d’AZF. Ces informations sont issues des pièces D5202, D6279 et D6295 du dossier. Aucune autre datation se trouvant dans la minute précédant et dans la minute suivant les événements (de 10h17 à 10h19) n’a pu être trouvée dans le dossier.
Cette approche sur les datations téléphoniques a été réalisée dans le dossier judiciaire par quatre acteurs différents :

-  Le SRPJ de Toulouse a sommairement collecté un listing incomplet des datations téléphoniques lié à l’usine AZF-Toulouse et n’a jamais été au-delà de cette collecte.

-  Les experts judiciaires Pierre Mary et Paul Robert ont mentionné les datations téléphoniques complètes concernant l’usine AZF-Toulouse (document extrait essentiellement de la pièce D6279 page 60 et 61) mais n’ont jamais cherché à les étudier.

-  La société Grande Paroisse a mentionné des remarques importantes sur la base des derniers appels sortants de l’usine AZF-Toulouse (pièce D5502). Le directeur de l’usine Serge Biechlin et le responsable électricien de l’usine Jacques Palluel ont, à plusieurs reprises lors de confrontations avec les experts judiciaires, évoqué ces problèmes de datations téléphoniques. Le cabinet Soulez-Larivière a également réalisé plusieurs demandes relatives à ces datations. Ces demandes sont restées sans réponses de la part du SRPJ de Toulouse.

-  Le mathématicien Jean-Marie Arnaudiès, contributeur de plusieurs rapports techniques dans le dossier judiciaire, a fourni le cas de deux témoins couplés téléphoniquement : Philippe Efferméant et M. Rigaud (D6295). M Efferméant a fourni à la justice une attestation judiciaire extrêmement détaillée. M. Arnaudiès a aussi étudié de près le cas des deux employés d’AZF M. Brunel et M. Bruler en communication avec l’extérieur au moment des événements. Les experts judiciaires ont étrangement refuser de répondre directement aux importantes questions soulevées par M. Arnaudiès sur ces problèmes de datations téléphoniques.
   


Listing fourni par NextiraOne et comportant l’ensemble des dernières datations des communications sortantes
depuis l’usine AZF-Toulouse (pièce D6279 page 60 et 61).
- La première colonne mentionne le numéro du destinataire de l’appel depuis l’usine.
- La seconde indique la grande ville la plus proche du destinataire ainsi que le nom de l’opérateur Gsm dans le cas d’un appel vers un mobile.
- La 3ème colonne mentionne l’heure exacte à la seconde près du début de la communication, correspondant à la date exacte du décroché de l’appelé.
- La 4ème colonne mentionne la durée exacte à la seconde près de la communication.
- Il a été rajouté sur le document en rouge, l’heure de la fin de la communication à partir du début et de la durée de la communication. Elle correspond à la coupure de la communication qu’elle soit de l’appelé ou de l’appelant, et ce, à la seconde près.
- En vert, sont mentionnées, les heures des dernières coupures de communication qui ont eu lieu avant 10h17’30.
- La dernière heure de coupure enregistrée est à 10h18’09 à la seconde près.
- Puis au même niveau de la ligne a été reporté sommairement les noms de l’appelant et de l’appelé quand ceux-ci ont été retrouvés, ainsi que les pièces judiciaires correspondant à leur audition, attestation ou autre déclaration.
- Une croix x a été mis lorsque ces interlocuteurs n’ont pas pu être identifié. Il se peut que pour certains cas, ce soit des télécopieurs.

La page photographique suivante localise les appelants en jaune avec leur heure de coupure respective.


Il y a été rajouté le nom d’une personne qui affirme avoir appelé au dernier moment avec un téléphone de l’usine mais dont le traçage n’a pas pu avoir lieu de manière certaine (Mme Giméno).


II - Le travail du SRPJ : extrêmement et bizarrement limité


A la demande du commissaire principal Philippe Malon, le SRPJ de Toulouse a sollicité le 28 Septembre 2001, auprès d’un organisme inconnu (France Télécom, AZF ou tout simplement ses ressources internes… le dossier ne le mentionne pas ?) un listing des derniers appels entrants et sortants sur le numéro 05 62 11 45 00 du site AZF avant 10h17 (pièces D638)..

Ce sera tout pour le traçage téléphonique du SRPJ concernant l’heure de la catastrophe !

Aucune autre information de ce type issue provenant de France Télécom sur l’ensemble de la ville, des opérateurs Gsm ou d’autres opérateurs privés ou intra-professionnels ne sera recherchée.

Le SRPJ n’a essayé aucun rapprochement avec les dizaines de témoins qui ont déposé dès les tous premiers jours et qui affirment avoir été en ligne au moment de la catastrophe et, pour certains, qui affirment avoir raccroché juste avant l’arrivée du grand souffle provenant du cratère, à cause de l’apparition du premier bang ou d’autres phénomènes les effrayant.

Cette liste n’a aucun appel après 10h17’00… alors que le listing de l’autocommutateur d’AZF a bien plus de numéros dans la même tranche horaire présentée et que certains de ces numéros ont même démarré après 10h17’00.

Plusieurs questions restent donc sans réponse encore aujourd'hui :
- Ce premier listing correspond-il effectivement à la réponse littérale de la requête demandant des horaires avant 10h17 (soit jusqu’à 10h16’59 inclus), comme si ceux de 10h17, 10h18 ou 10h19 était nécessairement inintéressants ?
- La date de 10h17 associée pourtant au moins au séisme principal de 10h17’56 était-elle suffisante pour caractériser une limite temporelle ?
- Ce listing limité au seul numéro 05 62 11 45 00 serait-il insuffisant pour caractériser tous les appels entrants et sortants de l’usine AZF ?
- Aucun document d’origine n’ayant été communiqué par le SRPJ dans le dossier, ce listing a-t-il été expurgé de certains numéros ?
- Dès les premiers jours, le SRPJ disposait de témoignages de personnes affirmant être en ligne au moment des événements et avoir raccroché juste avant l’explosion d’AZF, pourquoi, alors que des événements inexpliqués par ces témoins étaient mentionnés, ne pas avoir vérifier systématiquement leur dire et les datations à partir des relevés datés précisément des opérateurs téléphoniques ?


III - Le travail des experts judiciaires : absence totale de toute étude


Les experts judiciaires Pierre Mary et Paul Robert ont consacré une seule page au problème des perturbations du réseau téléphonique au moment des événements (pièce D6265 page 26) sans pour autant essayer d’interpréter les datations fournies en heure absolue précise à la seconde près.

Ces experts ont cependant et heureusement joint, en annexe 47 de leur rapport final, le listing des appels sortants de l’autocommutateur de l’usine AZF dont ils n’ont absolument rien fait (pièces D6279 page 60 et 61) et le listing des appels sortants d’AZF repérés par France Télécom (pièce D6279 page 22 et 23).

La société Nextira One fournisseur de Grande Paroisse a noté que l’arrêt final de l’autocommutateur téléphonique d’AZF, à 10h18’09, a subi la coupure et qu’aucune information de défaut n’a été repérée (pièce D6279 page 21).

Aucun autre expert judiciaire ne s’est penché sur la question des datations alors que plusieurs d’entre eux ont réalisé des analyses de témoignages, notamment celles concernant les perceptions successives et chronométrées des deux explosions (Joël Coudrieau d’ATEA dans son rapport en pièce D6716, Didier Bergues de la DGA en D6721 chapitre 3 etc...).

Plusieurs témoins étaient également en communication dans l'usine voisine SNPE et notamment ceux qui affirment avoir perçu un premier bruit leur laissant le temps de bouger et de se protéger avant l'arrivée de la grosse explosion d'AZF. Mais pour cette usine aucune recherche de datation n'a été faite auprès des opérateurs téléphoniques.

Des questions demeurent là aussi sans réponse :

- Pourquoi, de la part des experts, cette absence totale d’analyse des datations téléphoniques pourtant très simple à réaliser ?
- Pourquoi aucune étude des perceptions chronométrées des deux explosions n’a été assortie de vérifications de datations absolues sur les relevés téléphoniques alors que plusieurs témoins ont affirmé avoir été en ligne ?
- Pourquoi les experts n’ont même pas pris le soin de comprendre comment l’autocommutateur d’AZF a pu continuer à fonctionner jusqu’à 10h18’09 alors qu’il a été violemment touché par le souffle général de l’explosion ?


IV - Le travail de Grande Paroisse : un listing renseigné et des demandes sans réponses


Le responsable électricien d’AZF Jacques Palluel et le directeur de l’usine Serge Biechlin ont été les premiers à remarquer l’importance des datations téléphoniques d’AZF dans les confrontations techniques du SRPJ en Mai 2003 (pièce D3360) et en Décembre 2004 (pièces D5257 et D5798).

Le cabinet d’avocats de Grande Paroisse de Me Soulez-Larivière, a aussi sollicité des demandes d’examen de l’autocommutateur suite aux témoignages des perturbations électromagnétiques dans le bâtiment RCU (pièce D4728 page 12). Il ira plus loin en demandant au juge Thierry Perriquet de récupérer tous les repérages d’alarmes sur l’historique de France Télécom pour AZF et les sociétés voisines (pièce D6076).

Aucun réponse de sera retournée par la justice ! Ceci fera l’objet d’une nouvelle demande d’investigation (No 214) en Juin 2005 de la part du Cabinet Soulez-Larivière dans la pièce D6331 page 7.

Grande Paroisse a travaillé les appels sortants du site d’AZF-Toulouse grâce au document de France Télécom dans la pièce D5502. L’expert mandaté par Grande Paroisse, Alain Hodin, a aussi relevé l’importance de la datation tardive de l’autocommutateur en émettant plusieurs hypothèses chronologiques de scénario (Rapport D5672)

La quasi-totalité des appelants a été retrouvée par Grande Paroisse. Certains affirment avoir coupé la communication, d’autres avoir perçu la coupure de l’appel avant l’arrivée de l’explosion d’AZF. La plupart l’ont fait à cause des premiers événements qui ont précédé l’explosion.

Dix appels depuis l’usine étaient encore en cours après 10h17’30.
Sur ces 10 appels, 1 seul a été interrompu avant 10h18’00 à 10h17’57 !
Il s’agit de celui de Pascal Bruler qui affirme avoir perçu la coupure de la communication téléphonique au moment du premier bruit d’explosion sans que lui-même ne raccroche le combiné, et donc ceci bien avant l’arrivée de la grosse explosion d’AZF. Il a aussi remarqué l’extinction de l’écran de son PC à ce moment là. Comme son bureau était alimenté par le poste électrique interne T51, le responsable électricien d'AZF, Jacques Palluel en a déduit que le téléperturbographe avait repéré cette coupure repéré par M. Bruler, et, avant même d’établir la synchronisation absolue proposée par Michel Meunier, avait pensé que l’heure du début des événements du téléperturbographe coïncidait avec cette première phase sonore !

Toutes les autres coupures d’appels volontaires ou non analysées par Grande Paroisse ont eu lieu après 10h18’01, soit plus de 5,5 sec après l’heure officielle de l’explosion d’AZF, la dernière coupure ayant eu lieu à 10h18’09 sur la ligne d’André Vignau.

L’autocommutateur de France Télécom se trouvait à AZF dans le bâtiment de Gestion de Service au niveau du Local Téléphonique (cf photo aérienne ci-dessus) situé à 240 m du centre du cratère (pièce D6266 page 11). Selon les investigations de Grande Paroisse, cet autocommutateur a été retrouvé décroché du mur avec un angle 30°, le mur s’étant lui-même effondré… mais il a montré qu’il a fonctionné jusqu’à 10h18’09.
Dès 2004, Grande Paroisse, à travers son cabinet d’avocat, a sollicité à juste titre un examen de cet appareil pour mieux comprendre ces « capacités de survie » à l’explosion d’AZF et à la coupure électrique de l’usine (pièce D4728 page 12). Cet examen ne sera jamais fait. Grande Paroisse a aussi demandé auprès de la justice que France Télécom fournisse le traçage des alarmes repérées en liaison avec cet autocommutateur. Après une étrange première réponse complètement hors-sujet de France Télécom, il n’y aura aucune autre information à ce sujet.
Etrangement, toutes ces importantes interrogations n'ont pas éré soulevées à nouveau par la Défense lors des deux procès. Le Cabinet d'Avocats Soulez-Larivière a semblé renoncer à remettre en cause la datation officielle de l'explosion d'AZF.


V - Le travail important du mathématicien Jean-Marie Arnaudiès


Suite à ses travaux sur les données sismiques et les témoignages recueillis dans les premiers mois, le professeur agrégé de mathématique, M Arnaudiès, qui a enseigné dans les classes préparatoires du Lycée Fermat, a été le premier à remettre en cause la datation absolue de l’explosion d’AZF qu’il plaçait après 10h18’.
Il a rapidement repéré plusieurs témoignages de personnes au téléphone lors des événements et a pu vérifier sur quelques premiers exemples concrets munis de factures de France Télécom la pertinence de son hypothèse.

M Arnaudiès permit au témoin Piérick Brunel travaillant à AZF la rédaction d’une attestation détaillée permettant aussi de conforter la datation tardive de l’explosion (pièce D2932). Ce témoin est certain d’avoir raccroché au plus tard juste après le premier bruit d’explosion mais, terminant sa conversation avec son correspondant, il a évoqué la possibilité que ce raccroché ait pu avoir lieu au moment ou juste avant ce premier bruit. La fin de communication, pour France Télécom, étant à 10h18’02, le souffle d’AZF arrivant bien après, cela place bien entendu l’explosion d’AZF a une date ultérieure à ces 10h18’02.

M. Arnaudiès mentionna aussi dans ses rapports fournis à la justice le cas du témoin Philippe Efferméant qui lui procura le listing détaillé des appels entrants et les dates exactes liées à sa conversation téléphonique avec le magasin de photographie de M. Rigaud. L’appelé était M. Efferméant. Celui-ci a déposé une attestation judiciaire très précise dans le dossier (pièce D6295 page 40 et 41). Il a raccroché en premier juste avant de recevoir le souffle d’AZF, au moment des premiers effets d’un grondement. Il estime le délai entre le raccroché et le souffle à plus de 3 sec.

Comme M. Efferméant est la personne appelée et comme il a coupé la communication, France Télécom prolonge, pour ses abonnés, de 5 secondes la durée de la communication laissant à l’appelé la possibilité de reprendre dans ce délai la ligne, si l’appelant ne coupe pas entre temps. Ce processus n’existe pas pour les installations avec PABX comme à AZF. La facture détaillée permet d’avoir une datation de coupure à 10h18’18 à la seconde près.

Tenant compte d’une distance de plus de 2 km entre le cratère et l’adresse de M. Efferméant, un délai d’environ 6 sec à moins de 0.5 sec près (vitesse de l’onde de pression proche de celle du son) doit être en plus retiré de cette date. Ceci place la datation de l’explosion du Hangar 221 au plus tôt à 10h18’18 – 5 sec – 6 sec – 3 sec = 10h18’04 à moins de 2 secondes près


Les experts judiciaires n’ont jamais répondu directement à l’étude de M Arnaudiès (D3519 page 27), et ont utilisé des prétextes de datation imprécise absolument injustifiés face au grand écart de temps entre les dates de coupure et l’heure officielle de l’explosion d’AZF. Ils n’ont pas non plus suggéré à la justice d’infirmer ou de confirmer cette datation par d’autres cas de témoins en ligne avec l’accès à leur facture détaillé auprès de France Télécom.

Cela leur était pourtant aisé et aurait permis de consolider de très nombreux témoignages dès les premières semaines. Les experts judiciaires ne pouvaient ignorer l’importance de tels témoignages tracés grâce à des datations précises d’opérateur téléphonique puisqu’ils ont confirmé leur lecture à ce sujet du document de M Arnaudiès.

Cette fuite évidente et étonnante des experts judiciaires devant de tels problèmes de datation, pourtant tracés rigoureusement grâce à France Télécom, est inexplicable et pourrait montrer que cette piste téléphonique dérange énormément leur théorie et qu’ils auraient sciemment ignorer ces types de témoignages pourtant assortis de confirmations techniques solides.


VI - La nouvelle synthèse des datations téléphoniques


Pour compléter ces travaux, des recherches dans le dossier judiciaire ont permis de retrouver les quelques appelants et appelés encore non identifiés par les travaux de Grande Paroisse.

Ceci a permis d’avoir un panel complet des 11 cas de figures recoupant des datations téléphoniques.
Deux appelants demeurent inconnus mais les appelés associés ont été identifiés.
  
Un nouveau témoin a été retrouvé dans le dossier grâce à des communications antérieures similaires utilisant le même numéro destinataire dans la matinée. Le listing fourni par France Télécom dont disposait Grande Paroisse n’avait bizarrement pas la mention de la dernière communication de ce témoin alors que celui des experts judiciaires en disposait. Il s’agit de Gérard Galy qui a confirmé lors de sa seconde déposition auprès du SRPJ avoir bien été au téléphone au moment de l’explosion et avoir perçu une coupure de la communication 1 seconde avant d’entendre le premier bruit d’explosion.

Les premiers témoignages précis de Melle Boujmala, de M. Galy et de M. Vignau ont été déposés avant le 2 Octobre 2001.

Melle Boujmala, située au Sud de l’usine, n’a pas été témoin du premier bang mais elle a bien perçu la coupure téléphonique avant l’explosion du Hangar 221 puisqu’elle a même eu le temps d’essayer de rappeler en vain. Elle a de plus noté le « hachurage » de la communication quelques secondes avant la coupure en étant en communication avec le Gsm de son ami localisé sur un parking de Blagnac. Un tel témoignage aurait dû également suggérer aux experts judiciaires de vérifier auprès des opérateurs Gsm les incidents et les courbes de qualité de communication dont ils disposent en permanence.

Toutes les distances des témoins d’AZF au cratère sont inférieures à 900 mètres, la plus éloignée étant Melle Boujmala à 900 m qui a eu une coupure à 10h18’04. A supposer que l’explosion d’AZF ait coïncidé avec ces coupures, nous déduisons du tableau que pour les 7 appels d’AZF identifiés dont la coupure est après 10h18’01, l’heure de l’explosion est nécessairement pour tous les cas après 10h18’00 à plus ou moins une seconde près. Ce qui contredit fermement la datation officielle de l’explosion de 10h17’55.455.

De plus, les témoins qui ont déposé auprès de la justice sont certains d’un délai supplémentaire de plusieurs secondes entre la coupure téléphonique et l’arrivée de l’onde de pression provenant de l’explosion du hangar 221, même pour ceux dont la coupure repérée est à 10h18’04.

Il apparaît alors évident que l’explosion d’AZF n’a pas pu avoir eu lieu avant 10h18’04 minimum et la datation de la dernière communication associée à la datation de l’autocommutateur laisserait penser que celle-ci a eu lieu après 10h18’05.

Nous ne savons pas si les câbles d’alimentation de l’autocommutateur ont été rompus… mais la date de l’arrêt de l’alimentation de cet autocommutateur n’a pu dépasser les derniers signaux du réseau d’alimentation de cet autocommutateur captés par les téléperturbographes. Il ne dépasse pas 3 secondes après le démarrage du premier événement de ce téléperturbographe d’AZF, événement no 30 (pièce D6269 page 50)

Cette piste téléphonique est donc très riche d’informations et contredit formellement la datation officielle.

Elle remet aussi en cause cette même datation officielle retenue par la défense et déduite de la synchronisation électrique de l’expert mandaté par Total, Michel Meunier (rapport D4879)

Il est surprenant de voir que :

- malgré l’avis des experts très perplexes, nommés par Total, comme M. Alain Hodin,
- malgré des remarques très précises et pertinentes lors de confrontation entre experts et cadres de l’usine AZF, comme M. Biechlin et M. Palluel, sur ces datations téléphoniques,
- malgré une demande d’expertise de l’autocommutateur auprès de la justice par le cabinet Soulez-Larivière, demande qui ne verra pas de réponse avant la clôture du dossier,
- malgré le témoignage très contradictoire du directeur de la SETMI, Mr Haillecourt, qui a vécu l’ilotement électrique daté précisément de son usine d’incinération à 10h17’56.1, plus de 15 secondes avant de percevoir le souffle du Hangar 221 situé à 2,5 km de lui,
- malgré les témoignages du personnel de l’atelier d’ammoniaque (MM Denis et Gamba) qui ont vécu beaucoup d’événements tracés avant l’explosion d’AZF comme les alarmes sur leurs écrans de contrôle,
- malgré tous ces travaux sur les datations téléphoniques de M. Arnaudiès et de Grande Paroisse

la défense a tenu, lors du procès AZF, à ne pas remettre en cause le moindre doute sur la datation officielle de l’explosion d’AZF, estimant que le seul travail de synchronisation électrique de Michel Meunier suffisait à leurs certitudes.

Ce travail de Michel Meunier a pourtant été établi grâce à un unique fichier PC de données électriques séquentiel fourni, selon lui, par Henri Fournet, membre de la Commission d’Enquête Interne de Total, sans en connaître la provenance exacte et sans valeur d’expertise. Nous avons aussi appris grâce à un appel téléphonique auprès de Michel Meunier que ce dernier a été informé par M. Fournet de l’absence de données brutes extraites des téléperturbographes d’AZF à cause de l’effacement inopportun de ces données. Or cet état de fait relaté par M. Fournet était faux et M. Michel Meunier a donc été trompé au moins sur cet aspect technique de départ.
Aucune autre expertise officielle pour cette synchronisation n’a été refaite par la suite même à partir des données brutes issues du téléperturbographe.

Cette attitude contradictoire dans le temps de la direction de Grande Paroisse et de son cabinet d’avocats dénote le soucis majeur de ces derniers à ne surtout pas toucher, au final, à l’association entre la date du séisme principal et celle de l’explosion d’AZF, quitte a dater des dizaines d’autres événements précurseurs touchant surtout le réseau 20 kV d’EDF avant 10h17’50 et ce malgré l’absence de telles traces datées dans ce sens et malgré la présence des deux grandes salves d’incidents électriques repérés par EDF autour de 10h17’56 et 10h18’07.

Ces mêmes acteurs n’ont pas souhaité non plus remettre en cause le scénario rocambolesque des experts judiciaires du mystérieux projectile de 80 kg prenant plus de 11 sec pour atteindre à la verticale, à 250 m de son point de départ, et pour rompre par un étrange effet de fouet, à 10h18’07, la phase 7 de la ligne 63 kV Lafourguette-Pont des Demoiselles. Cette date se rapproche pourtant très bien des 10h18’09 de la fin de vie de l’autocommutateur d’AZF.

Il est à noter que la témoin Antonia Giméno, présente dans le bâtiment RCU affirme (pièce D710) qu’elle venait de commencer l’appel depuis un poste fixe d’AZF vers un numéro hors de l’usine (entreprise Transport Tardet) et être en ligne au moment de l’explosion, ayant eu juste le temps de se présenter. Or on ne retrouve pas trace de cet appel dans aucun des listing d’AZF… ?! Peut-être la durée de l’appel a-t-elle été trop courte pour laisser le temps à son destinataire de l’entendre se présenter et pour obtenir un archivage de France Télécom.

Dans les témoignages , nous avons aussi une communication interne à AZF, qui a pu ne pas se retrouver sur le listing des appels sortant de France Télécom entre Mme Azama (pièce D465) et M. Almaric (pièce D1406) au moment de l’explosion. Selon M. Almaric la communication venait à peine de commencer.
 

Conclusions


Cette piste téléphonique remet donc en cause la datation absolue de l’explosion d’AZF et donc également l’origine du séisme principal, que l’on connaît dans tous les cas de figure à la seconde près autour de 10h17’56 et qui serait arrivé bien avant l’heure de l’explosion d’AZF.

L’heure minimale de l’explosion d’AZF conforme aux témoignages et aux traces téléphoniques serait de 10h18’04. Mais elle pourrait être légèrement ultérieure de quelques secondes entre 10h18’04 et 10h18’07.

Des factures détaillées conservées par des particuliers, des professionnels et par France télécom ou d’autres opérateurs mériteraient d’être récupérées par la justice pour affiner cette première approche tracée dans le dossier  déjà impressionnante dans sa cohérence.

L’absence dans le dossier d’une telle étude de la part des experts judiciaires, pourtant très simple à réaliser, est anormale !

Une demande de réouverture de l’enquête sur cette piste téléphonique paraît donc évidente même si elle se limite à l’étude des documents techniques déjà contenus dans le dossier :

- récupération des datations téléphoniques sur tout Toulouse et pour tout opérateur
- recherche des témoins au téléphone en privilégiant ceux qui ont déjà déposé dans le dossier et ceux qui étaient proches de l’usine AZF.
- recherche de couples de témoins toulousains au téléphone permettant de détecter les auditions téléphoniques de l’explosion en fonction de la distance entre témoins
- recherche statistique sur les datations de coupures permettant de dégager une ou plusieurs phases temporelles caractéristiques
- recherche des datations et des types d’incidents perçus par les systèmes de contrôle interne des opérateurs téléphoniques au moment des événements (relais, informatiques etc…)


ANNEXES COMPLEMENTAIRES

Série complète des 11 communications et témoignages associés dans l’ordre décroissant des dates de fin de communication…

1/ Cas d’appelant et d’appelé extérieurs à AZF

M. RIGAUD, photographe au 6, rue du Rempart Villeneuve à Toulouse
Appelle au 0561145166 Philippe EFFERMEANT, 11 bd des Recollets
Début : 10:16:09, durée : 00:02:09, fin : 10:18:18

Pas de témoignage direct

Philippe EFFERMEANT, travaillant au 5ème étage du 11 bd des Recollets à Toulouse

D6295 p40-41. ATTESTATION JUDICIAIRE du 25 Juin 2002

Le 21 septembre 2001, vers 10 h 15, j'étais dans mon bureau au 1l, Bd des Récollets, immeuble " Belvédère ", au cinquième étage. Je me trouvais face à la grande baie vitrée qui s'ouvre vers le sud-ouest. La, vue depuis cette fenêtre n'est gênée par rien, et donne en arrière-plan sur les Pyrénées, et dans les premiers plans, à moins de  deux kilomètres, sur les usines du pôle chimique AZF, SNPE, ainsi que sur l'usine SETMI. Les seuls obstacles à
une vue totale étaient les arbres en bordure de Garonne, qui empêchaient de voir les parties basses des bâtiments des usines. La vue porte également sur le bras Est de la Garonne, depuis le pont de Garigliano jusqu'au Génie Chimique avant le pont d'Empalot. La fenêtre était fermée, et l'électricité du bureau était allumée. Je venais de travailler sur l'informatique de notre bureau. Alors le téléphone a sonné, j'ai pris la communication, et pour parler avec mon correspondant, je me suis placé près de la fenêtre, tourné vers l'extérieur. J'étais concentré sur la conversation, mais mécaniquement, mon regard portait, sans que j'y pense ni que je le fixe à un endroit parti-
culier, dans cette zone du pôle chimique. Au cours de la conversation, à un moment donné, j'ai pris conscience qu'une énorme fumée noire partait de AZF, très exactement dans la direction de la première tour, celle qui n'existe plus aujourd’hui, devant elle. Cette fumée très noire montait verticalement et s'est élevée en un clin d'œil d'au moins le double de la hauteur de la tour. Simultanément à ces fumées noires qui me faisaient penser à des hydrocarbures (car j'ai déjà vu dans ma vie des incendies d'hydrocarbures, à Gennevilliers), je voyais nettement des flammes oranges sortir dans la direction du milieu de la tour, et j'ai dit à mon correspondant "ça vient d'exploser, je vous rappelle"; comme je disais cela, j'ai ressenti une secousse de l'immeuble en même temps que j'entendais un bruit sourd paraissant venir du sol. Alors j'ai raccroché le téléphone dans l'instant même, et j'ai regardé ce qui se passait. Tout allait très vite : maintenant, c'est un halo blanc léger qui descendait vers le sol autour de la tour, et qui s'étalait horizontalement en se renforçant; les événements suivants se sont précipités en même temps : une grosse déflagration se développait manifestement au voisinage de la tour que je venais de voir en flammes l'instant d'avant, je voyais comme une onde de choc arriver sur nous; l'impression que m'a faite
cette vision de la déflagration peut se décrire assez bien en disant que c'était comme si l'image devant mes yeux se mettait à bouger. Ma dernière vision fut la portion de Garonne sous mes yeux se friser alors qu'elle était lisse
l'instant d'avant, et les arbres au bord de la Garonne se ployer alors qu'ils étaient immobiles l'instant d'avant. J'ai crié " attention ", et j'ai plongé comme pour me réfugier sous mon bureau, mais en fait je ne pouvais pas m'y placer dessous, donc je suis resté à genoux, à côté du bureau et abrité par lui, mains derrière ma tête pour la protéger. J'étais à peine installé dans cette position que les vitres ont explosé, les onduleurs de nos ordinateurs ont fait " clac " et le gros bruit de l'explosion est arrivé. La sécurité de notre immeuble a coupé les compteurs électriques. La panne électrique a été durable, je n'ai pas vu l'électricité revenir, et cette panne a d'ailleurs provoqué d'importants dégâts dans notre informatique. Les dégâts de notre immeuble ont forcé notre organisme à déménager provisoirement rue Jean Bart, immeuble CALLIOPÉ, BP 614, 31317-Labège Cedex (dans Labège-Innopole). mais notre immeuble du Bd des Récollets est en réparation et nous devons bientôt le réintégrer.

Concernant les délais entre les différents événements, voici ce que je peux affirmer. Le délai entre la vision de la grosse fumée noire et la secousse accompagnée du premier bruit sourd semblant venir du sol a été très court,
peut-être 2 secondes tout au plus. Le moment où j'ai raccroché le téléphone est l'instant même où j'ai ressenti cette secousse et ce bruit sourd. Le délai entre ce bruit sourd et l'arrivée dans notre bureau de l'onde de choc qui
fait exploser nos vitres a été un peu plus long. Il m'est difficile de l'évaluer en chiffres, mais j'ai eu le temps de raccrocher le téléphone, de voir le halo blanc descendre de la tour et s'étaler en se transformant en déflagration
qui faisait bouger l'image devant mes yeux, de voir la Garonne se friser et les arbres se ployer, de crier " attention ", de plonger pour me réfugier sous mon bureau, de constater que je ne pouvais pas m'y glisser dessous,
et de m'installer à genoux en mettant mes mains derrière ma tête pour la protéger. C'est donc clairement un délai de quelques secondes mais je me refuse à dire combien, ne l'ayant pas chronométré. Ce dont je suis sûr c'est
que ce délai a été un peu plus long que le délai entre ma vision de la grosse fumée noire et la secousse accompagnée du premier bruit sourd semblant venir du sol.

Concernant la conversation téléphonique, voici des précisions : la personne qui m'avait appelé est Monsieur RIGAUD, photographe au 6, rue du Rempart Villeneuve, 31000 Toulouse, il m'avait appelé à titre privé pour
m'informer qu'un certain devis relatif à mon matériel était prêt. Comme j'étais pour lui (et suis toujours) un client régulier, je l'ai revu entre le 21/9/2001 et la Toussaint 2001. Il se souvenait très bien m'avoir entendu lui dire : "ça vient d'exploser, je raccroche", juste avant que je raccroche mon appareil téléphonique, et il a lui-même raccroché presque aussitôt après.

Fait à Toulouse, le 25 Juin 2002,

Signé : Philippe EFFERMÉANT


2/ André VIGNAU, technicien chimiste à AZF au Laboratoire Central
Appelle au 3336724… Jean-Yves CHENARD, GP Groupement de recherche de Lacq
Début 10:16:15, durée 00:01:54, fin 10:18:09


D729. Déposition du 1er Octobre 2001 à 15H05.

Je suis employé de la société GRANDE PAROISSE depuis 1967 qui à l'époque s'appelait ONIA. Mon travail actuel consiste en l'assistance à la fabrication de résines servant dans l'industrie du bois et assistance à la clientèle.
Mon bureau se trouve au 2° étage du laboratoire central situé à proximité de la gare de triage. ---
Le 21 septembre 2001, lors de l'explosion, je me trouvais dans mon bureau.
Je téléphonais quand j'ai entendu une première explosion dix fois moins forte que celle qui allait suivre trois ou quatre secondes après. J’étais au téléphone avec un de mes chefs qui est à PAU quand la communication a été coupée dès la première explosion. Je me suis aussitôt abrité avec les mains sur le bureau quand la seconde déflagration, extrêmement puissante, a brisé toutes les fenêtres de mon bureau. Je n'ai pas été blessé. Je suis sorti après avoir pris mon casque. Je n'ai pas senti d'odeur particulière. Je vous précise que l'électricité a été coupée en même temps que le téléphone.
Mr CHENARD

Témoignage recueilli par Grande Paroisse (D5502)

J'étais effectivement en conversation téléphonique avec Mr VIGNAU : la communication a été simplement coupée. Ne réussissant pas à rappeler A. VIGNAU j'ai cru à un quelconque problème de liaison téléphonique.

3/ Fatiha BOUJMALA, opératrice de fabrication à AZF à l’atelier RF-ACD
Appelle le 0603283048 son ami depuis le fixe d’AZF
Début : 10:17:19, durée : 00:00:45, fin : 10:18:04

D761. Déposition du 2 Octobre 2001 à 10h25

Je me trouvais sur le site, dans la salle de contrôle du service R.F, juste avant l'explosion, j'étais au téléphone, j'appelais un portable, la communication était hachurée. Mon interlocuteur se trouvait à l'arrêt sur un parking à BLAGNAC. Le début de la conversation était claire, puis elle est devenue hachurée, celle ci a durée une minute à peine. J'ai raccroché, j'ai rappelé et je suis tombée sur la messagerie, j'ai raccroché. Ensuite, je me souviens, d'un tremblement puissant, les murs du bâtiments ont bougé. Je me suis réfugiée dans un angle de mur. J'ai mis le masque à gaz et le casque et je suis sortie. Les vitres et le faux plafond de la salle de contrôle où je me trouvais sont tombés, la salle se situant à l'intérieur du bâtiment, elle ne donne pas à l'extérieure.
Pour ma part, je n'ai entendu qu'une seule explosion, juste après, presque simultanément, avec les tremblements. Je n'ai pas été blessé dans cette catastrophe, juste ma voiture présente sur le site à souffert.
Je me réfugiée dans un bungalow. Ensuite je suis ressorti pour aller dans les bureaux qui étaient détruits.
Puis le personnel R.F A.C.D s'est regroupé sur le parking situé devant les bureaux RF. Nous avons secourus les blessés de nos secteurs. Puis je suis partie.


Son ami

Pas de témoignage


4/ Liliane BENITO (fax ?)
Appelle au 0240386747 Poste du bureau de Christophe VINCENT (Agence Grande Paroisse de Basse Indre)
Début 10:16:55, Durée : 00:01:08, Fin : 10:18:03

Pas de témoignage

Il a été impossible d’identifier un appelant oral à AZF.
Mais ce numéro ayant déjà apparu quelques minutes avant et se terminant au bout d’une trentaine de secondes, il est possible qu’il s’agisse de l’envoi d’un fax qui a pu se terminer à temps ou qui a pu être interrompu.
Le cas précédent avec le même numéro montrerait alors que Mme Liliane Benito était à l’origine de ce cet envoi.
Son témoignage (D342) ne confirme pas qu’elle était au téléphone mais il n’infirme pas qu’elle avait enclenché dans la minute précédant les événements un fax. Ceci serait peut-être encore vérifiable auprès d’elle si ses souvenirs sont encore précis.

L’appelé dont le nom a été proposé par la personne liée au numéro du poste qui était absent ce jour là, n’a pas pu confirmer cet appel téléphonique. L’hypothèse du fax est pour l’instant la plus pertinente d’autant que le listing du PABX encore tracé avant 10h00 montre des durées de transmission de fax très similaires.


5/ Pierick BRUNEL, responsable de l’exploitation informatique d’AZF
Appelle au 0144320500 Mlle JEANJOSEPH
Début : 10:15:16, durée : 00:02:46, fin : 10:18:02

D5145. Audition du 18 mars 2004, à 9H20, par le juge sur le terrain

--- Nous nous sommes transportés route d'Espagne, face à la porte A de l'usine AZF à TOULOUSE, le 18 mars 2004, à 9 heures 20.
--- En présence de M. Pierick BRUNEL, témoin, lequel prête serment de dire la vérité,
--- Nous nous transportons à l'endroit où se trouvait M. BRUNEL au moment de
l'explosion, en rez de jardin, dans le bureau administratif, bâtiment 112, bureau 119.

Je me trouvais au téléphone vers 10 heures 15, assis à mon bureau, le dos à la fenêtre. J'étais face à l'OUEST, j'avais appelé depuis une dizaine de minutes environ une employée de la société LEBIHAN à PARIS (dont je vous communiquerai le nom et les coordonnées téléphoniques); à un moment donné, nous avons interrompu la conversation car elle s'est rendue dans la pièce voisine pour rechercher des documents , mais j 'ai gardé le combiné à la main.
C'est dans ces conditions que j'ai ressenti une première détonation sourde, que je situerais plutôt dans mon dos, c'est à dire vers l'Est, dans que je puisse être plus précis sur son origine et sa localisation.
Ce bruit m'a fait penser à celui provoqué par la mise à l'air brutale d'un vérin pneumatique mais de façon démesurée, comme j'avais déjà pu l'entendre au cours de mes études pendant les cours d'automatisme.
Dans le même temps, j'ai ressenti aussi une vibration au sol et j'ai immédiatement raccroché le téléphone.
J'ai constaté alors que l'écran de mon ordinateur était noir, ce qui m'a laissé penser que le courant électrique avait été coupé. Je précise qu’il s'agissait d'une sorte de réflexe professionnel, car en cas de coupure de courant, la partie électrique de la salle machine qui est en permanence sous onduleur risque de s'arrêter, compte tenu de sa faible autonomie (environ 10 minutes) ; il était donc impératif pour moi de me rendre dans cette salle pour procéder à l'arrêt des serveurs.
C'est ce que j'allais faire, après avoir raccroché le combiné. J'ai quitté mon bureau et j'ai fait quelques pas pour me rendre vers l'exploitation, c 'est alors que j 'arrivais au niveau de la porte de liaison avec l'autre pièce que j'ai ressenti une deuxième explosion.
Plus exactement, j'ai constaté que la lumière du jour s'obscurcissait, il y avait de la poussière partout autour de moi, je me suis retrouvé au sol sans pouvoir préciser aujourd'hui si j 'ai été projeté ou si c 'est par réflexe que je me suis ainsi accroupi.
Au bout d'un certain temps dont je ne peux évaluer la durée, je me suis relevé pour évacuer .
J'estime à environ une dizaine de secondes le temps qui s'est écoulé entre le premier événement, que je qualifie de claquement sec, démesuré, de détonation, et le second, plutôt un grondement.
C 'est cette différence que j 'essaie d'exprimer entre les deux événements que j'ai perçu ce jour là.

--- Nous chronométrons le temps écoulé entre les deux événements décrits par le témoin, selon ses indications : 14 secondes.


Mme JEANJOSEPH

Témoignage recueilli par Grande Paroisse (D5502)

Elle a été appelée par BRUNEL qui lui a demandé un renseignement.
N'ayant pas l'info sur le champ elle devait le rappeler plus tard. La première conversation s'est terminée normalement. Par la suite elle n'a pas pu rappeler BRUNEL.


6/ inconnu
Appelle au 0561316834 Mr CALVET basé à Cégelec mais erreur de no et transfert possible vers M. Hil
Début : 10:12:45, durée : 00:05:17, fin : 10.18:02

Pas de témoignage

Mr CALVET

Témoignage recueilli par Grande Paroisse (D5502)

Le numéro de Mr HIL de CEGELEC est très voisin (0561316034) et CALVET aurait pu être appelé par erreur. Mr CALVET aurait pu transférer sur Mr HIL : mais HIL était en réunion chez SNPE... Mr CALVET était dans son bureau au moment de l'explosion du B221 (aucun souvenir de téléphone juste avant ou en même temps).
Il a ressenti 2 impacts : d'abord une onde par le sol puis une onde transmise par voie aérienne.


7/ Alain SABADIE, maintenance informatique, bât 112 d’AZF au sous-sol,
Appelle au 0662259862 Mme FILIPPO, depuis le poste fixe d’AZF
Début 10:10:53, durée 00:07:09, fin 10:18:02

Témoignage recueilli par Grande Paroisse (D5502)

Le vendredi 21 Septembre 2001 à 10 heures environ, je me trouvais dans mon bureau lorsqu’il y a eu cette terrible explosion. Ce dernier est situé du côté sud de l'usine, juste avant l'entrée C et qui est orienté nord/sud. La paroi extérieure derrière mon dos est dans l'alignement du lieu central de l'explosion.
Alors que je téléphonais, assis normalement à mon bureau j'ai ressenti un choc au niveau des épaules, en plein milieu du dos, au début j'ai pensé que quelqu'un me tapait sur l'épaule et une ou deux secondes plus tard, je me suis retourné et j'ai vu que la fenêtre avait disparu, je me suis immédiatement jeté sous le bureau, ensuite un grand boum a retenti.
J'ai entendu qu'un seul boum. J'ai attendu une vingtaine de secondes et lorsque je me suis rendu compte qu'il n'y avait pas de chaleur, je me suis redressé.  J'ai constaté que mon index droit saignait abondamment et je suis sorti du bâtiment ou attendait des collègues choqués pour la plupart. Je me suis transformé en secouriste et je suis rentré dans mon bâtiment, j'ai secouru Mme TERRUEL qui était inconsciente et qui fait partie malheureusement des décédés.  Dans un premier temps le SAMU m'a fait un pansement et le soir un chirurgien de la clinique du Parc m'a posé neuf points de sutures.


Mme FILIPPO, 77 rue Planas à Toulouse

Témoignage recueilli par Grande Paroisse (D5502)

Elle était au téléphone quand elle a entendu un boom qui lui a fait penser à une voiture heurtant son balcon. Ce bruit venait de l'extérieur et non pas du téléphone. Elle a entendu ce bruit juste avant que Mr SABADIE lui dise que nous avions un problème. Mr SABADIE lui a dit : je te rappelle on a des problèmes et il a raccroché. Mme FILIPPO dit avoir ressenti des vibrations de son logement 5 à 6 secondes après le boom. Elle n'a pas entendu d'autre bruit.
Mr FILIPPO a appelé sa femme pour lui dire qu'il allait bien.

8/ inconnu
Appelle au 0473319010 l’organisme APAVE de Clermont Ferrand
Début 10:17:23, Durée : 00:00:38, Fin : 10:18:01

Pas de témoignage

Un appel similaire vers le même destinataire a eu lieu à 10h14’27 pour une durée de 31 secondes. Mais le PABX ne permet pas d’identifier l’appelant et le type d’appel, la mémoire du PABX des 100 derniers appels n’ayant pas été fixée.
La courte durée de 31 secondes pourrait suggérer également l’envoi d’un fax.


9/ Gérard GALY, chimiste à AZF, au Laboratoire Centrale, 2ème étage face à l’Est
Appelle au 0561431295 la société INTELCOM
Début 10:16:31, durée 00:01:30, fin 10:18:01

D421 et D4839 : Déposition du 28 septembre 2001 et du 15 Juin 2004

Le 21 septembre 2001, je me trouvais au laboratoire central d'AZF au 2ème étage. Vers 10H15, j'étais au téléphone assis à mon bureau face à l'EST, une grande baie vitrée dans mon dos.
A un moment, la communication téléphonique a été coupée. Dans la seconde qui a suivie, une première explosion. Un bruit sec et court, accompagné d'un grand souffle qui m'a poussé vers l'avant. Je me suis retrouvé à quatre ou cinq mètres dans le couloir où je me suis couché. C'est là, trois à quatre secondes après, que s'est produite la deuxième explosion beaucoup plus forte. Un bruit plus sourd, plus puissant, plus violent.
A la première explosion, les vitres avaient éclaté, mais à la seconde tous les plafonds, les portes, toutes les armoires sont tombés, le bâtiment à bougé, comme dans un tremblement de terre. Je suis sorti rapidement à l'extérieur entre le bâtiment de l'administration usine et le laboratoire.

Et c'est là qu'avec plusieurs de mes collègues, nous avons décidé de sortir de l'usine par la porte C car il n'y avait plus d'infirmerie.

Dès notre arrivée à l'extérieur, entre les deux bâtiments dont je viens de vous parler, en levant la tête j'ai vu, ainsi
que mes collègues un hélicoptère pas très haut. II était de couleur bleue marine. Il tournait et est ensuite parti dans une direction dont je ne me souviens plus.

--- Combien de temps a séparé la ou les explosions et le moment ou vous avez aperçu cet hélicoptère ?

Sans être formel, je l'estime à trois ou quatre minutes. C'est à dire le temps de descendre deux étages dans les gravats du laboratoire. Je n'ai pas vu d'objet quelconque sous l'hélicoptère. Je n'ai pas relevé d'autres détails de cet hélico. Je n'ai pas vu ses occupants. C'était un petit hélicoptère genre de celui utilisé par la Gendarmerie.
Je dois vous dire qu'à ce moment-là nous ne savions pas que c'était AZF qui avait explosé.
Après le passage de l'hélico il y a eu beaucoup de fumée ou de poussière dont nous ne pouvions déterminer l'origine, qui semblait venir plutôt du nord de l'usine.


10/ M BERNARDI
Appelle au 0562071433 Christian BESSIERE (coopérative Ile Jourdain)
Début : 10:15:52, durée : 00:02:09, fin : 10:18:01

Témoignage recueilli par Grande Paroisse (D5502)

II est dans son bureau au rez de chaussée du bâtiment 112. II entend un premier bruit sourd alors qu'il est au téléphone. Il n'y prête pas d'attention particulière.
Au second bruit, il est projeté au sol et dit lâcher le combiné sans le vouloir.
Il dit que c'est Mr BESSIERE qui parlait au moment des faits.


Christian BESSIERE

Témoignage recueilli par Grande Paroisse (D5502)

II a entendu un brouhaha dans le téléphone juste avant que ça coupe. Ce brouhaha serait un bruit bref. Pour lui c'est Mr BERNARDI qui parlait au moment où ça a coupé.

11/ Pascal BRULER

Appelle au 0562135737 Patricia secrétaire de CTRA à Cugnaux
Début : 10:17:16, durée : 00:00:41, fin : 10:17:57

Témoignage recueilli par Grande Paroisse (D5502), Déposition D1050 très succincte

II était au téléphone assis sur son bureau , situé dans la zone bungalow , au nord d'I4. Son interlocuteur est la secrétaire de la société CTRA , basée à CUGNAUX.
Pour lui la coupure du téléphone a lieu en même temps que la première explosion. Il ne souvient pas avoir raccroché le combiné. Dans un premier temps cette explosion lui paraît être celle d'une bouteille de gaz. II se lève et dispute son magasinier qu'il pense être à l'origine de l'explosion : il lui dit 2 à 3 phrases. Son magasinier s'appelle Mr Joseph GRIFIT.
Avant l'explosion suivante il ressent un tremblement de terre. Il y a peut-être eu des dégâts consécutifs à la 1ère explosion mais il n'est pas sûr. Ensuite se produit une seconde explosion plus puissante que la première : il se souvient surtout d'être plaqué au sol. Une armoire métallique lui est tombé dessus : il a reçu une décharge électrique qu'il explique par la chute simultanée d'un néon sur cette armoire. 4 autres personnes de CTRA se trouvaient au voisinage de Mr BRULET : MM SAUVAGE, CARIZO, FOURCADE et PISCO. 3 autres CTRA se trouvaient côté ACD : MM ABELON,JOSE,DUPIRE).


Patricia

Témoignage recueilli par Grande Paroisse (D5502)

Pour elle le téléphone a été coupé brutalement sans bruit particulier préalable.
Très rapidement après, elle a entendu un premier bruit externe relativement faible par rapport au suivant. Simultanément l'éclairage a baissé d'intensité.
Un second bruit est arrivé ensuite, beaucoup plus important..., elle pensait à un problème sur un compresseur dans leur atelier de CUGNAUX.

jeudi 18 juin 2015

AZF - Un élément clé du cratère effacé par des responsables de l'Etat


Moins de 6 heures après l’explosion, les autorités préfectorales de Haute-Garonne sont intervenues pour faire effacer par la société Cassin TP et les pompiers une grande trace au sol de 30 mètres de long formée au Nord-Ouest du cratère quelques instants avant l’explosion principale du hangar 221.
Ces mêmes autorités ont, par la suite, obtenu des experts judiciaires et des juges une obstruction systématique à toute exploitation technique de cette trace insolite filmée par la gendarmerie nationale 3 heures après l’explosion.
Voici les preuves de l'existence de cette trace, de son effacement dès le 21 septembre 2001 et des obstructions systématiques.






La gendarmerie a filmé dès 13h30, depuis son Ecureuil F-MJCC, une énorme trace au sol rectiligne et légèrement évasée mesurant plus de 30 mètres et située au Nord-Ouest du cratère.

Cette trace semble laisser l’empreinte au sol d’un phénomène violent surgissant de la partie Nord-Ouest du hangar 221. Elle racle le sol jusqu’au bâtiment RCU/SIS où plusieurs victimes ont trouvé la mort. Elle prend naissance au niveau des lèvres extérieures du cratère qui semblent l’avoir recouverte au moment de l’explosion. 

Très décalée à l’Ouest, cette trace au sol n’est absolument pas orientée selon les axes de l’onde de pression issue de la détonation du tas d’ammonitrate. La trace pourrait avoir été formée juste avant l’explosion finale et semble être l’indice d’un premier phénomène violent dans la partie ouest du hangar 221.


Sur les photographies de la gendarmerie, cette trace sombre semble se prolonger à l’intérieur du cratère par une zone sombre sur les lèvres Ouest intérieures. Mais il n’en est rien, la vidéo montre en revanche sur cette partie intérieure des lèvres un décrochement de la terre.

Photo SAMU du 21 septembre 2001 vers 17h20


II - Effacement de la trace sous ordre de la Préfecture


Dès l’après-midi, un employé conducteur d’engin de chantier de la société Cassin TP, présent sur le site, reçut vers 15h30, l’ordre du colonel des pompiers Donin et du préfet Hubert Fournier, de former un chemin de déblaiement sur l’emplacement même de cette grande trace filmée par la gendarmerie à 13h30. Dès la soirée du 21 septembre 2001, cette trace initiale était donc effacée sous ordre de responsables de l’Etat, sans la moindre explication et sans le moindre motif. Aucun document administratif dans le dossier ne mentionne cette intervention qui a pourtant bien eu lieu quelques heures après le drame.

 

Le chemin formé n’était d’aucune utilité dans cette zone ravagée par l’explosion où plus aucun mur n’avait tenu. Il était parfaitement possible, sans ce chemin, d’approcher le cratère comme plusieurs employés d’AZF, le directeur d'usine et des secouristes l’ont fait. Le cratère n’était pas en feu, les bâtiments étaient rasés dans cette zone Nord-Ouest du hangar 221, et aucun engin n’avait l’utilité d’emprunter quelques heures après l’explosion ce nouveau chemin formé se dirigeant vers les lèvres du cratère.
On peut constater, sur cette photographie d'EDF-RTE de l'après midi du 21 septembre 2001 (pièces D3516 du dossier), qu'un groupe d'hommes se trouve sur la partie la plus évasée de la trace et qu'un autre groupe de personnes, pour certaines penchées vers le sol, se trouve à la naissance de la trace au pied de la lèvre du cratère qui monte devant eux. Qu'examinaient-ils à cet endroit ?


Les engins anti-incendie sont intervenus à plus de 50 mètres au sud de cette trace pour éteindre la combustion de palettes stockées dans le bâtiment 224 dont il reste encore quelques traces et un mur aujourd’hui. La photographie noir et blanc de la Police Nationale, dans la pièce D1624 page 9 du dossier judiciaire en atteste. Mais personne n’a eu besoin de ce chemin au Nord-Ouest du cratère. Il semble bien avoir été réalisé dès l’après-midi pour cacher cette grande trace au sol formée lors de la catastrophe et filmée à 13h30.
Pourquoi ?

L’employé de Cassin TP que j’ai rencontré en 2008, m’a effectivement confirmé qu’il ne savait pas pourquoi il fallait réaliser ce chemin avec un bulldozer aussi vite alors qu’on cherchait encore des victimes dans ce secteur. Il m'a confirmé que le soir du 21 septembre 2001, le cratère était encore globalement sec. La nappe phréatique n'a rempli le cratère que le lendemain matin.


Les photographies des rapports finaux des experts judiciaires dateront de plusieurs jours après l'explosion. Elles montrent le joli chemin formé par Cassin TP émergeant des lèvres du cratère. Mais prenant ce chemin comme seul élément existant et donc indépendant de l'explosion, les experts judiciaires n'évoquèrent aucune fois cette première trace filmée vers 13h30 par la gendarmerie.


Jamais ces faits graves n’ont été dénoncés par les policiers en charge de l’enquête, comme le commissaire Saby qui était pourtant concerné en premier lieu par tous les éléments touchant ce cratère, ni même par les juges d’instruction ou les juges des procès. Ces responsables de la préfecture sous autorité de l’Etat se moquaient de savoir si des victimes ou même des bouts de victimes pouvaient encore se trouver à cet endroit. Le chemin a bien été formé à coup de bulldozer en toute hâte. A proximité, une voiture avait été complètement comprimée par l'explosion !


III - Tout le monde avait cette trace sous les yeux


Jamais, cette énorme trace au sol n’a été relevée, étudiée et donc encore moins expliquée par les experts judiciaires, dont le premier, Daniel Van Schendel, arriva sur les lieux d’AZF vers 15h le 21 septembre 2001 selon les retranscriptions radio de la Police Nationale (pièce D3914 du dossier).
Quelques employés de l’usine AZF avaient remarqué cette trace sombre sur des photographies aériennes fournies par la gendarmerie mais, ils n’avaient apparemment jamais pu analyser les images vidéo de la gendarmerie prises lors de la même mission aérienne, jusqu’à ce que les récupère auprès de M6-Toulouse fin 2007.
Tout comme le dossier judiciaire, la plupart des grands médias TV avaient eu accès à cette vidéo que la gendarmerie avait dupliqué pour eux dès la première semaine. Quelques extraits vidéo de cette trace étaient même visibles lors des premiers reportages télévisés de TF1 ou France Télévision de septembre 2001, avec certes une qualité relativement médiocre à l’écran.


Il est étrange de constater qu’à part quelques journalistes isolés qu’on a vite fait de ne pas écouter, la quasi-totalité des médias se sont royalement moqués de cette trace au sol et n’ont jamais cherché à ce que les experts fournissent des explications même si cette trace était postérieure de quelques secondes à l'explosion.

L'après-midi même, comme l'atteste une image vidéo de France 2, le directeur de l'usine Serge Biechlin (cheveux blancs), arrivé à Toulouse quelques heures après l'explosion, eut l'occasion de voir cette trace avant son effacement définitif par les bulldozers de Cassin TP.
Le lendemain matin à 9h41 (heure de la photographie du SAMU ci-dessous), la trace au sol avait bel et bien disparu. Un chemin avait pris place.


En 2008, l'écrivain Daniel Dissy a parlé précisément de cette étrange trace au sol dans son livre et son site internet "L'enquête secrète". Il émet plusieurs hypothèses sur son rôle et son intérêt dans l'enchainement possible des événements.


IV - Le groupe TOTAL peu motivé par cet élément insolite


En février 2008, interloqué de voir à travers le dossier judiciaire, le groupe Total, sans le moindre intérêt pour cette trace au sol, je suis monté à Paris - La Défense pour évoquer auprès d'un des responsables du groupe, les images de qualité que j’avais pu obtenir grâce à des journalistes de M6-Toulouse sur cette trace inexpliquée.
Malgré un entretien avec une des personnes présentes auprès du PDG Thierry Desmarest, le 21 septembre 2001, malgré quelques échanges de mails, le désintérêt du groupe Total pour cette trace était « total ». Incapable de fournir la moindre explication sur cette trace au sol, et incapable de s’interroger sur les raisons qui ont amené la préfecture à effacer cette trace par un chemin de déblaiement moins de 6 heures après. Aucun des responsables de ce groupe, ni même du cabinet d’avocats de la Défense de Me Soulez-Larivière, n’a eu l’intention d’en savoir plus. Le sujet était-il tabou ?

En fait, pas totalement, puisqu’en 2009, très discrètement, sur quelques lignes du rapport de la société ESIC et de l’Institut Géographique National qui avaient modélisé en 3D toute la zone du cratère pour le compte du groupe Total, l’ingénieur Michel Kasser parla brièvement de cette trace sans chercher vraiment à l’expliquer. Il conclut sans le moindre argument technique à un phénomène tardif postérieur à l'explosion qui aurait été marqué dans les éjectats. Le comparant à d'autres phénomènes à l'Est du cratère qui pourtant n'ont rien à voir, cet ingénieur n'a hélas pas cherché à comprendre pourquoi un souffle important aurait pu forger cette trace au sol après l'explosion. Contrairement à la partie Est du cratère, la modélisation 3D de ces ingénieurs exclua cette trace pourtant très remarquable. Elle ne participa donc pas aux débats du procès. Ce fut le seul document technique de tout le dossier judiciaire mentionnant l'existence de cette trace et confirmant par là qu'il ne s'agit pas d'un chemin de déblaiement visible sur les photographies dès le soir du 21 septembre 2001.

Dans le secteur oriental, la crête qui couronne le cratère est largement éventrée et déformée par des phénomènes tardifs qui donnent au cratère l’aspect si caractéristique de cratère égueulé. Ces phénomènes tardifs ont contribué à modeler et à adoucir la morphologie de ce flanc oriental. Des phénomènes tardifs équivalents ont été observés sur le flanc externe occidental du cratère avec notamment un large sillon de 29 m de long, 3 mètres de large et environ 0,5 à 1 mètre de profondeur qui a été creusé dans les éjectas de l’explosion. Cette trace a été longuement interprétée dans la presse comme “la trace noire” liée à des phénomènes divers (électromagnétiques,électriques,etc). Par ailleurs, la cartographie précise du cratère a permis de calculer avec une meilleure précision le volume du cratère. D’après les calculs présentés ici, ce volume serait de 7365 m3 au lieu de 8770 m3 comme cela avait été estimé initialement.


Le rapport n’a été versé qu’en 2009, soit 8 ans après l’explosion et bien après la clôture de l’enquête. Il ne fut accessible aux parties civiles qu'en 2011 ! La modélisation 3D de l’ESIC a finalement ignoré cette trace et ce sujet ne fut jamais abordé lors des exposés de ces travaux, et encore moins par les experts judiciaires pendant les procès !


V - La justice refuse d’évoquer et d’expliquer cette trace au sol

Suite à ces informations et à la récupération des documents par des parties civiles après le procès AZF de première instance, des courriers de victimes de l’explosion ont été soumis au Premier Président de la Cour d’Appel, Dominique Vonau, en septembre 2011, deux mois avant le début du procès en appel AZF Toulouse, pour demander des explications sur cette grande trace au sol.

Cet élément constituait le 5ème élément d’une série de sept éléments non expliqués demandant réponse dans la Lettre de la partie civile K. Baux. La cour d’Appel de Toulouse détenteur du dossier à l'époque ignora totalement cette demande. Ce fut le mépris total du Président Dominique Vonau face à ces questions et cette trace au sol, élément pourtant essentiel à la compréhension des événements.

Au procès en Appel, des conclusions de parties civiles furent déposées pour obtenir à nouveau des réponses. Là encore les juges d’Appel ont sciemment ignoré à 100% ces conclusions et n’ont même pas écrit une seule ligne à propos des images vidéo de la gendarmerie.

Tout le monde a pu voir au tout début du procès sur grand écran ces images de l’hélicoptère de la gendarmerie. Pendant quelques secondes, la grande trace est bien là au Nord-Ouest du cratère. Pendant des jours, les experts de tout bord, vont se chamailler sur l’hypothétique initiation de l’explosion à l’Est du cratère en s’acharnant à montrer la pertinence d’un petit monticule de terre dans la pente Est du cratère… mais à l’autre bout du cratère, la grande trace de 30 mètres de long, qui a creusé le sol sur plus de 50 cm de profondeur et 3 mètres de large, avec des bords très rectilignes suggérant un très violent phénomène sur un côté particulier du hangar 221, est, elle, sciemment ignorée !

Pourquoi cet étrange cinéma des experts judiciaires ?

Pourquoi faire croire que de ce côté Ouest du cratère, il n’y avait rien ?

Pourquoi la justice n’a-t-elle pas remarqué la création de ce chemin à l’endroit même de cette trace largement visible 6 heures après l’explosion ?

La justice Toulousaine savait-elle l’importance de l’opération de camouflage diligentée par la Préfecture ?


VI - La trace coïncide avec une conduite d’eau brute ignorée par le SRPJ de Toulouse


Le dossier judiciaire révèle qu’il existait bien une conduite d’eau de 40 mm de diamètre sous le tas d’ammonitrate (Pièce D603 page 7). Contrairement aux experts judiciaires qui ignorent cet élément structurel coïncidant avec le tas d’ammonitrate, la société SAUR a bien fourni un plan du réseau d’eau brute de l’usine AZF montrant cette conduite ancienne. Cette conduite traverse sur quelques dizaines de mètres le sous-sol du hangar 221 et était à disposition d’un éventuel branchement. Son extrémité Ouest coïncide avec le prolongement vers l’intérieur du cratère de l’axe de la grande trace (Superposition des pièces D12 page 1 et D603 page 7 du dossier judiciaire projetées sur un axe Sud-Nord).

La conduite a-t-elle un lien avec cette grande trace au sol ?

Malgré l’existence de ces plans de l’usine, les experts judiciaires adopteront à nouveau le système du déni systématique de tout ce qui peut intéresser l’environnement proche du cratère et ignoreront sciemment cette conduite d’eau brute, affirmant péremptoirement qu'il n'y avait rien de particulier sous le remblai et la dalle en béton du hangar 221, pur mensonge.

En 2009, à la sortie de la Salle Mermoz où avait lieu le procès, j’ai posé de vive voix la question de cette conduite à l’expert Daniel Van Schendel. Il m’a dans un premier temps affirmé qu’il n’avait trouvé aucune conduite de ce type dans le cratère. Bien entendu il dut reconnaître l’absurdité de sa réponse quand je lui ai indiqué que le plan de la SAUR montrait une conduite à 1 m de profondeur tout le long du tas d’ammonitrate et que cette conduite a dû étre complètement ruinée suite à l'explosion. Cet expert judiciaire se moquait éperdument des détails des plans de la SAUR et de l'usine AZF.



VII - L’expertise de la société Bérengier : ignorée par le SRPJ de Toulouse


Mais cette conduite n’est pas la seule à fournir des éléments originaux dans ce secteur ouest du cratère. Suite à des mesures électromagnétiques réalisées fin 2001 par le responsable électricien de l’usine AZF, Jacques Palluel, une expertise fut commandée dès décembre 2001 par le parquet de Toulouse pour mesurer les éventuelles anomalies électromagnétiques et magnétométriques dans le secteur du cratère.

La société Bérengier en charge de cette étude, confirma l’existence d’un axe original dirigé vers le Nord-Ouest présentant des signaux magnétométriques exceptionnels. L’axe est quasiment parallèle à la grande trace au sol et à une très faible distance. Tout comme la trace au sol plus marquée vers le cratère, les signaux EM sont moins prononcés et donc plus enfouis à proximité des lèvres du cratère. L’axe des anomalies électromagnétiques est, de plus, bien plus long que celui de la trace au sol. La société Bérengier a même soupçonné l’existence d’un câble électrique souterrain traversant en biais la zone du cratère.

Quelques mois plus tard, fin 2002, la société Geoïd-Fugro en charge des détections magnétométriques et électromagnétiques depuis le survol d’un hélicoptère, notera également des anomalies similaires à celles de la société Bérengier dans la même zone du cratère.


Malgré tous ces rapports, les experts judiciaires vont poursuivre leurs démarches d’investigation comme si ces éléments techniques n’avaient jamais existé et ne répondront donc à aucune de ces bizarreries.
La société Bérengier remarquera, en outre, un autre axe rectiligne Sud-Nord de mesure ferromagnétique en profondeur passant sous le cratère à peu près au niveau de l’extrémité de la conduite d’eau. Lors de ses travaux sur le terrain, les ingénieurs de Bérengier remarqueront la présence de bulles de gaz émergeant de la nappe d’eau qui avait pris place dans le cratère.
Ces traces Nord-Sud coïncident avec un plan militaire de 1917 montrant de grands traits noirs traversant l’ONIA (prédécesseur d’AZF) du Nord au Sud. Là encore ce plan militaire, montré lors du procès en Appel aux experts judiciaires qui avaient étudié le sous-sol de la zone du cratère, n’obtint aucune réponse de ces experts, incapables d’expliquer aux parties civiles, des données fournies pourtant sur des plans qu’ils avaient eux-mêmes introduits dans le dossier.


L’ensemble des experts judiciaires mépriseront tous ces éléments insolites touchant la zone du cratère. On assiste à un déni constant et malhonnête de ces experts qui a perduré tout au long de cette affaire AZF-Toulouse.
On peut également se demander alors pourquoi le parquet de Toulouse qui avait invité la société Bérengier à mesurer ces phénomènes, suite à ces études finalisées en 2003, a renoncé  à toute poursuite d’étude complémentaire sur cette zone Ouest du cratère.


VIII - Des témoignages d’un premier panache près du hangar 221 ignorés par la justice


Le dossier judiciaire recèle également des dépositions de témoignages visuels d’un premier grand panache de fumée émergeant dans le secteur Nord de l’usine AZF quelques secondes avant l’explosion finale. Ce panache très vertical et évasé légèrement vers le haut comme un cône, fut parfois décrit comme tourbillonnant et s’effondrant brutalement sur lui-même avant d’être suivi par l’énorme explosion finale.
Ces témoins situés à différents endroits dans ou en dehors du pôle chimique ont bien eu le temps de voir ce panache. Ils le distinguent bien de celui de l’explosion d’AZF dont ils ont ressenti le souffle et dont ils ont même vu arriver à toute vitesse l’onde de pression.

>>> Témoignage de Christian Fuentes
 

Christian Fuentes, situé à environ 900 mètres du cratère tout au Sud de l’usine vit s'élever un premier panache de fumée sombre au dessus des toits de la zone Nord d’AZF. Il arrive à localiser la direction de ce panache grâce au toit du bâtiment KG qu’il a face à lui. Cette direction coïncide avec la partie Ouest du hangar 221. Le panache est soudain traversé par un éclair vertical en son centre et s'effondre alors sur lui-même avant la grosse explosion.



>>> Témoignage de Philippe Efferméant

Philippe Efferméant, à environ 2,5 km au Nord-Est du cratère, au 5ème étage, 11 boulevard des Récollets, voit une première colonne s’élever rapidement dans la direction de la tour verte et jaune de Prilling qui domine le secteur Nord d’AZF. Il voit alors ce panache en partie s'effondrer, puis survint l’onde de pression couchant les arbres des rives de la Garonne avant d'arriver sur lui. Là encore depuis son point de vision, ce panache aurait pu se trouver à l’Ouest du hangar 221.

Une dizaine d’autres témoignages mentionnent ce premier panache sombre montant verticalement et disparaissant juste après lorsque survint la grosse explosion principale et son énorme champignon ocre. Les délais sont très courts entre les deux phénomènes mais étonnamment les experts judiciaires n'ont jamais mentionné ces deux phases qui concernaient le secteur du hangar 221.

Le panache vertical aurait-il coïncidé au sol avec le départ de la grande trace ? Rien n’exclut cette hypothèse dans le dossier.

Ce panache viendrait-il des galeries souterraines possiblement mentionnées sur le plan de 1917 ? Proviendrait-il de la conduite d’eau ?

>>> Témoignage de Stéphanie Maséra

Stéphanie Maséra racontera au procès de première instance son vécu.
Stéphanie Maséra, stationnée à moins de 100 mètres du cratère pour livrer un colis UPS, a vu pendant une fraction de seconde un nuage de poussière arriver sur elle avant même de recevoir l’énorme souffle qui a arraché sa portière et son bras droit. Elle était au Nord-Ouest du cratère devant la façade Nord du bâtiment RCU-SIS. A cette distance très courte du cratère, elle n’avait aucune chance de voir arriver l'onde de pression supersonique surgissant à plus de 3000 m/sec du cœur du tas d’ammonitrate. Elle a bien vu un phénomène antérieur à l’explosion finale, phénomène qui a, de plus, été précédé par le passage d’un faisceau lumineux au-dessus de sa camionnette. 

A-t-elle subi un des effets mécaniques du même phénomène qui aurait provoqué la trace au sol ? 

Le faisceau lumineux a-t-il un lien avec l'éclair vertical vu par M. Fuentes ?



Camionnette de Stéphanie Maséra le 22 septembre 2001 vers 14h00 (Photo SAMU)
Tous ces témoignages seront à nouveau ignorés par les experts judiciaires. Ils n'obtiendront pas plus d'explication avec les juges d'instruction et les juges des procès qui n'auront de cesse d'essayer d'inverser la chronologie des événements pour éviter de reconnaître que des événements antérieurs à l'explosion ont bien eu lieu, même dans le secteur du hangar 221.